Spécial - La géopolitique s'invite en cyber
04 mai 2026
Parce que... c'est l'épisode 0x313!
Parce que… c’est l’épisode 0x313!
Shameless plug
- 30 juin au 2 juillet 2026 - Pass the SALT
- 19 septembre 2026 - Bsides Montréal
- 20 au 26 septembre 2026 - BruCON
- 13 novembre 2026 - DEATHCon
- 16 au 19 novembre - European Cyber Week
- 1 au 3 décembre 2026 - Forum INCYBER - Canada 2026
- 24 et 25 février 2027 - SéQCure 2027
Description
Cet épisode spécial de Polysécure réunit un panel international : Geneviève Lajeunesse (spécialiste en cybersécurité, actuellement en gouvernance à Radio-Canada, à titre personnel), Fanny Tan (journaliste tech et chercheuse à l’Observatoire des conflits multidimensionnels de la Chaire Raoul-Dandurand), Christophe Darlhac (consultant en sécurité, ex-secteur aérospatial et défense) et William Sampietro (RSSI dans le cloud privé, avec un long passé en sécurité opérationnelle nationale et en normalisation). L’animateur ouvre le débat en notant qu’un acteur majeur a, depuis un an et demi, remis la géopolitique au cœur de la cybersécurité : on ne parle plus seulement de menaces venues de l’étranger, mais aussi de tensions internes qui ont des répercussions cyber.
Le cyber comme levier de puissance
Les intervenants s’accordent : le cyber n’est plus un simple enjeu technique mais un véritable levier de puissance pour les États, les entreprises privées et les groupes criminels. On est passé d’attaques isolées à une confrontation continue et souvent invisible. Les groupes d’attaquants sont aujourd’hui catégorisés (APT, groupes sponsorisés par des États), et le phishing, loin d’être artisanal, mène régulièrement à des acteurs identifiables poursuivant des objectifs géopolitiques précis. Un phénomène frappant est évoqué : la Birmanie et le Cambodge, où des dizaines de milliers de jeunes gens se voient confisquer leur passeport pour être forcés de mener des cyberattaques — une réalité suffisamment préoccupante pour que la Chine elle-même exerce une pression sur le Cambodge à ce sujet.
Dépendance matérielle et logicielle
Un thème central est la dépendance de l’Occident envers du matériel et des logiciels étrangers. La flambée du prix de la RAM, détournée vers des acheteurs privés ayant précommandé, illustre la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Le matériel chinois (Huawei, par exemple) est souvent moins cher et parfois plus transparent que son équivalent américain, mais son adoption soulève des questions de confiance à long terme — un composant piégé peut rester dormant pendant des années avant d’être activé. La Chine a par ailleurs habilement orienté les normes techniques (comme le standard 5G) pour imposer ses propres équipements, une stratégie qualifiée de « soft power » plus subtile que les attaques directes russes.
Doctrines nationales différenciées
Les panélistes soulignent une différence de doctrine notable : les États-Unis assument une capacité de riposte cyber offensive inscrite dans leur politique nationale, alors qu’en Europe (à l’exception partielle de la France) cette capacité reste cantonnée au domaine militaire et n’est pas assumée publiquement. Cela crée une asymétrie dans la réponse aux attaques étatiques.
Portraits par pays
La Russie est associée à des campagnes de déstabilisation et de désinformation, rappelant des précédents comme Cambridge Analytica. La Chine privilégie le renseignement économique et l’espionnage industriel plutôt que la destruction — l’exemple d’une antenne suspecte de 15 mètres installée près d’un site sensible à Toulouse est mentionné. Les États-Unis, quant à eux, ne sont plus perçus comme des alliés inconditionnels : le rachat de VMware par Broadcom, ou l’utilisation du droit américain (via Microsoft) dans l’affaire Alstom-Pierucci, illustrent des formes de pression économique et juridique qui affectent directement les entreprises européennes.
Le paradoxe de la souveraineté numérique
Une large partie de la discussion porte sur la souveraineté numérique, jugée abondamment discutée mais peu mise en pratique, autant en France qu’au Québec. L’exemple de WhatsApp, massivement utilisé par des Européens pourtant critiques envers les États-Unis, illustre cette contradiction, malgré l’existence d’alternatives comme Signal ou Olvid. Les intervenants pointent l’absence de définition claire de la souveraineté numérique, notamment au Québec où le concept vient d’entrer dans la loi sans balises précises. Ils proposent de la penser par couches : souveraineté de l’individu (sur ses données), de l’entreprise, de l’État, puis de blocs régionaux (Europe, Amérique, Asie). Aucune souveraineté à 100 % n’est jugée réaliste ; il s’agit plutôt d’une question de priorisation selon la criticité des usages.
Deux leviers concrets sont proposés pour sortir de l’inaction : la décision politique (imposer des fournisseurs nationaux ou alliés dans la commande publique) et le financement structurel des acteurs souverains, afin qu’ils puissent rivaliser avec les géants américains. Le retard technologique européen, estimé à environ 40 ans depuis l’essor de Windows, est jugé quasiment impossible à rattraper sans rupture volontaire — la Russie et la Chine, elles, ont innové par nécessité en étant coupées de l’accès à certaines technologies occidentales.
La fuite des talents vers les géants américains, qui offrent des salaires nettement supérieurs à ceux du secteur public, est également citée comme un frein majeur à l’autonomie technologique.
Reconfiguration des alliances
En conclusion, le panel aborde la refonte des alliances internationales (Five Eyes, Union européenne, rapprochement Canada-Europe), accélérée par le désengagement relatif des États-Unis sous l’administration Trump. Les intervenants insistent : une alliance solide repose sur des valeurs communes et la confiance plutôt que sur des structures figées, et les alliances évoluent comme des relations humaines, avec des hauts et des bas. La frontière n’est plus seulement physique mais cyber, une dimension qui touche désormais la souveraineté, les infrastructures, la politique et la défense. La question de l’intégration formelle du Canada à l’Europe est jugée secondaire face à la volonté réelle de coopérer.
L’épisode se termine sur la promesse d’un prochain volet, faute de temps pour aborder d’autres sujets comme l’informatique quantique.
Collaborateurs
Crédits
- Montage par Intrasecure inc
- Locaux virtuels par Riverside.fm
Tags: geopolitique, souverainete
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