Parce que… c’est l’épisode 0x731!

Shameless plug

Description

Présentation et contexte

Dans cet épisode spécial du podcast, Nicolas reçoit François Khourbiga et Thomas Raffineau Maréchal, cofondateurs d’une startup dans le domaine de la cybersécurité (Defants). Après quatre années d’activité, la compagnie a officiellement fermé ses portes en août 2025. Quelques mois après cette fermeture, les deux fondateurs acceptent de revenir sur cette expérience avec sérénité, dans un esprit de partage et de transmission pour ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure entrepreneuriale.

La fermeture : un événement difficile, vécu différemment

Thomas et François s’accordent sur le fait que la fermeture a été un choc émotionnel profond, mais que les effets se sont souvent manifestés après coup. Pendant les turbulences, les fondateurs restaient concentrés sur la gestion quotidienne, tenant le cap. C’est seulement une fois la tempête passée que le vide s’est fait ressentir — une expérience qu’ils comparent à un deuil, ou à la perte d’une relation importante. Leur engagement avait été total : familial, financier, personnel. Cela rend inévitablement la chute plus douloureuse que pour des collaborateurs salariés.

Les causes de l’échec : une suite d’erreurs cumulées

Les deux fondateurs sont honnêtes sur les facteurs qui ont conduit à la fermeture.

Un excès de confiance envers l’écosystème. Lors de leur première levée de fonds, ils ont idéalisé le rôle des investisseurs et des structures d’accompagnement. Ils ont découvert que tous les fonds n’avaient pas la même vision : certains adoptaient une approche purement comptable, incompatible avec les horizons longs que nécessite une startup deeptech investissant massivement en R&D.

Une divergence de visions. Les cofondateurs et leurs investisseurs n’avaient pas les mêmes objectifs ni les mêmes contraintes. Cette tension entre croissance à long terme et exigence de rentabilité immédiate n’a jamais vraiment été résolue, épuisant l’énergie de l’équipe — et le cash.

Un marché français très régulé. La startup opérait dans un secteur où les certifications coûtent des centaines de milliers d’euros aux entreprises clientes, rendant ces dernières très résistantes au changement. Proposer de l’innovation dans un marché aussi rigide s’est avéré extrêmement difficile commercialement. Leur demande de pivoter vers des marchés moins régulés n’a pas reçu le soutien espéré.

Une stratégie commerciale inadaptée. En rétrospective, Thomas et François estiment qu’ils auraient dû commencer par une activité de service outillé — démontrer la valeur de leur logiciel par des prestations concrètes — plutôt que d’essayer de vendre directement une solution logicielle à de grandes entreprises. Arriver face à des groupes qui voient défiler quinze startups par jour en clamant « nous sommes différents » n’était pas la bonne approche. La preuve par l’exemple aurait été bien plus convaincante.

Des pivots trop fréquents. S’adresser trop tôt à de trop grands comptes, pivoter trop souvent : l’accumulation de ces faux pas a fini par mener dans une impasse.

« Rater bien » : la fermeture dans le respect des équipes

Malgré l’échec, François et Thomas tiennent à souligner ce qu’ils considèrent comme une réussite dans la manière de conclure l’aventure. Conscients de leur responsabilité envers leurs collaborateurs, ils ont tout fait pour que personne ne se retrouve du jour au lendemain sans filet. Transparents sur les difficultés tout au long de la vie de la startup, ils ont accompagné chaque membre de l’équipe vers une sortie digne, à l’opposé des fermetures brutales que l’on observe parfois dans l’écosystème américain. Comme le dit François : « Le bateau a coulé, certes, mais tout le monde avait un radeau. »

L’écosystème breton : une bienveillance remarquable

Un point revient avec insistance dans la discussion : la qualité de l’écosystème entrepreneurial en Bretagne et à Rennes. Les deux fondateurs saluent la chaleur humaine, la proximité des acteurs et le soutien reçu, aussi bien pendant la vie de la startup qu’au moment de sa fermeture. Beaucoup de personnes ont répondu présent pour échanger, partager des expériences similaires ou simplement témoigner leur soutien. Si cet accompagnement s’est parfois révélé être une forme de « sirène » — encourageant sans nécessairement aligner les attentes — la reconnaissance reste entière envers celles et ceux qui ont cru en eux.

Ce qu’ils referaient, et ce qu’ils changeraient

Sur les décisions passées, Thomas et François refusent de tomber dans le regret. Chaque choix a été pris avec les informations et la conviction du moment. Ce qui change, c’est le bagage accumulé. Si c’était à refaire, ils opteraient pour une approche plus pragmatique et mesurée : commencer petit, prouver la valeur par le service, créer de la traction concrète avant de chercher des financements, et ne jamais considérer qu’une levée de fonds ou un accompagnement équivaut automatiquement à des clients.

La suite : rebondir et regarder vers l’avenir

Aujourd’hui, chacun a repris sa route. François a lancé une activité indépendante centrée sur la réponse à incident, le threat hunting et la forensique — des domaines qu’il a découvert être ses véritables moteurs. Thomas, de son côté, a rejoint un centre d’excellence cyber en tant que product owner, se retrouvant désormais de l’autre côté du miroir, à évaluer les idées de startups qu’il reçoit.

Ce qui importe le plus, peut-être, c’est que les deux cofondateurs ont traversé la tempête ensemble et sont arrivés sur la même plage. Leur amitié est intacte, leur envie d’entreprendre n’est pas éteinte, et leur sac à dos est désormais bien plus riche d’expériences. Comme le résume Thomas : « Si une prochaine bêtise est à faire, on la refera peut-être ensemble. »

Notes

Collaborateurs

Crédits

Télécharger .m4a (50.6M) Télécharger .mp3 (43.6M)

Tags: fail, startup


Tweet